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COUPE DAVIS 2010 : Interview de Guy Forget avant France - Espagne

- Vous affrontez l’Espagne, qui est probablement la meilleure équipe du monde. Elle reste sur deux victoires d’affilée en Coupe Davis, elle compte cinq joueurs dans le Top 20. Pourtant, on sent un vrai vent d’optimisme autour de l’équipe de France, qu’il y a vraiment quelque chose à faire…
- Avant le forfait de Nadal, objectivement, les Espagnols étaient beaucoup mieux que nous. Chez les coaches et les bookmakers, ils étaient vraiment favoris. Aujourd’hui, l’écart se resserre. C’est plutôt quelque chose de positif, mais même sans son numéro 1, cette équipe reste très forte. D’ailleurs, quand les Espagnols avaient battu l’Argentine en finale en 2008, Rafael Nadal n’avait pas joué. C’est Verdasco et Lopez qui avaient fait gagner l’équipe. Donc même sans Nadal, l’Espagne est capable de remporter le titre. Elle sera un peu moins forte sans lui, pour autant, elle demeure favorite et nous, on a envie de la faire tomber, de l’empêcher de faire la passe de trois.

- Le choix de la surface est capital face à une telle équipe…
- Il n’aurait pas été « futé » de notre part de les jouer sur terre battue, en extérieur à Roland-Garros ! On a même songé, à un moment donné, construire un terrain en dur sur le court Philippe-Chatrier à Roland-Garros. Mais jouer en extérieur n’est pas forcément quelque chose qui les dérange. Or, on a vu par le passé que nos joueurs ont souvent très bien joué en indoor. Dans ces conditions, pourquoi se prendre la tête ? On s’est dit : « Allons jouer là où on joue très bien et où les Espagnols sont un peu moins à l’aise. » Tout en sachant que le court à Clermont-Ferrand ne sera pas non plus une toile cirée !

- Quelle est exactement la surface choisie ?
- C’est une surface proche de celle utilisée au BNP Paribas Masters à Bercy, mais un peu plus rapide. L’ITF nous impose des normes concernant la vitesse. Dans la fourchette autorisée, on s’est donc orienté vers quelque chose de relativement rapide.

- Quels seront les points forts de votre équipe face à l’Espagne ?
- La capacité de mes joueurs à pouvoir pratiquer un jeu d’attaque performant, et là je pense à chacun d’entre eux ; un jeu physique ; un niveau technique qui n’est pas du tout inférieur à celui des Espagnols, au contraire. Après, il y a bien sûr le fait de jouer devant notre public, à Clermont-Ferrand dans une salle que l’on connaît bien, avec un public qui sera derrière nous. C’est indéniablement un atout supplémentaire.

- Les billets pour la rencontre ont été vendus en quelques heures. Cet engouement extraordinaire vous donne-t-il envie de faire encore plus ?
- Oui, c’est fabuleux ! On a toujours eu en France, et notamment à Clermont-Ferrand où l’on a dominé la Roumanie au premier tour en 2007, un soutien fabuleux de la part du public. Franchement, on est ravis d’aller disputer cette rencontre là-bas. Contre l’Espagne la dernière fois (NDLR : en demi-finale en 2004), dans les arènes d’Alicante, c’était vraiment pénible ! Là, la tendance sera inversée.

- Justement, cette rencontre à Alicante en 2004 est la dernière demi-finale disputée par l’équipe de France en Coupe Davis. Cela remonte à quelques années…

- Oui, mais quand on regarde notre parcours depuis, je crois qu’on était à notre place. Les choses n’arrivent pas par hasard. Dans les tournois, la logique est souvent respectée. Là, contre la meilleure équipe du monde, c’est une affiche exceptionnelle. De telles rencontres, dans une carrière, on n’en joue pas vingt-cinq ! Je le redirai aux joueurs bien sûr, mais j’espère qu’ils vont pleinement prendre conscience que c’est rare. J’espère donc qu’on saura saisir notre chance ce jour-là. Parce que quand on rejouera les Espagnols ensuite, ce sera chez eux et les choses seront beaucoup plus complexes…

- Avez-vous le sentiment de diriger l’équipe de France au plus fort potentiel depuis longtemps ?

- Le plus fort potentiel, ça ne veut pas dire grand chose. Je me méfie beaucoup de ce genre d’affirmation. Cela fait déjà trois ou quatre ans que l’on parle de cette notion de plus fort potentiel. Mais le potentiel est une chose et ce qu’on met dedans en est une autre. Et puis, il y a surtout la capacité de tout le monde à bien jouer en même temps. C’est très fragile tout ça, parfois très éphémère. Il faut que tout se « goupille » bien en même temps. Il y a eu des moments où l’on était tous prêts, où tout le monde jouait bien, mais il n’y avait pas de rencontre à ce moment-là. Et quand on a disputé le match, un mois et demi plus tard, les joueurs n’étaient plus en forme, certains étaient blessés. D’autres fois, avec des équipes moins fortes sur le papier, il nous est arrivé de gagner l’épreuve parce qu’on avait eu un bon timing, un peu de chance aussi. Il faut provoquer la chance. Ce quart de finale est, pour nous, presque une finale avant l’heure. Mettons-nous dans la peau d’une équipe qui dispute une finale de Coupe Davis face à l’Espagne. On n’a rien à perdre et il faut vraiment l’affronter avec un esprit conquérant. »


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