Interview de Stéphane Houdet
Nous avons rencontré pour vous Stéphane Houdet, actuel numéro 2 mondial du NEC Wheelchair Tennis Tour. Ancien numéro 1 européen de golf handisport, Stéphane est un sportif accompli qui s'investit pleinement dans le développement du sport handisport.
TWS : Bonjour Stéphane, cela fait maintenant 5 ans que vous avez débuté le tennis en handisport. Ce sport est assez peu médiatisé et peu connu du grand public. Pouvez-vous nous le présenter ?
SH : Le tennis en fauteuil a la chance d'être géré par l'ITF (International Tennis Federation). Il y a, à Londres,
au sein même de la fédération, un département dédié au tennis en fauteuil. Ainsi le circuit mondial s'offre une place de choix sur tous les tournois du grand chelem (mêmes lieux et mêmes dates que l'épreuve de Rafa, Roger ou des soeurs Williams). Les 8 meilleurs joueurs se retrouvent donc en deuxième semaine des chelems pour s'affronter en simple et en double. Ce sport regroupe des milliers de joueurs dans le monde et aujourd'hui 467 joueurs (163 joueuses) sont classés au niveau mondial. Le circuit international a débuté en 1992 et la pratique du tennis en fauteuil remonte à 1976, époque où l'américain Brad Parks a tapé une première balle sur un fauteuil en y voyant un fort potentiel de sport à développer...
En France, nous pensons qu'il y a environ 200 joueurs qui pratiquent.
TWS : Quelles sont les principales règles qui diffèrent avec le tennis valide ?
SH : Une seule règle diffère, nous avons le droit à deux rebonds. Sur les tournois du grand chelem, les statisticiens ont montré que nous jouions 83% des balles au premier rebond. Le jeu a beaucoup évolué et les joueurs vont de plus en plus vers l'avant. Le deuxième rebond s'utilise surtout pour les amorties et sur les lobs.
TWS : A quel âge avez-vous commencé le tennis ?
SH : A 8 ans debout puis à 34 ans en fauteuil.
TWS : A l’âge de 34 ans vous avez eu un accident et vous avez perdu une jambe. A partir de là, comment s’est passée la découverte du tennis handisport ?
SH : Alors que j'étais n°1 européen de golf, je recevais des invitations pour jouer des épreuves où se retrouvaient associés des professionnels et des amateurs. Un jour de 2004, une invitation par email était notée cruyff-foundation. Je ne connaissais pas mais je savais que c'était une nouvelle organisation espagnole, je décidais donc de jouer cette épreuve. Arrivé à Sitgès près de Barcelone le soir de l'épreuve, mes amis golfeurs me disent : "Tu sais avec qui tu joues demain ??" -"Non, aucune idée !!" -"Tu joues avec Johann Cruyff"
C'est ainsi que le lendemain je partageais ma partie de golf avec le célèbre et mythique joueur de foot des oranges (Pays-Bas) mais aussi le manager du Barça. C'est lui qui disait tout le temps "chaque désavantage a son avantage" Autant vous dire que cette phrase résonne encore dans ma tête.
Johann m'a dit "Cela fait deux fois que tu es n°1 en Europe, il faut maintenant viser le monde. Tu vas travailler avec nous sur le développement du World Golf Tour, je vais te présenter mon directeur de fondation. Mais avant tout, comme nous sommes très investis dans le tennis et que nous pensons que ce sport est un modèle, tu vas aller voir comment cela se passe au tennis pour copier leur organisation...." C'est ainsi que Johann m'a renvoyé vers mes premières amours (j'étais classé 2/6 chez les valides) et que je rentre aujourd'hui de Pékin avec de l'or !!!
TWS : Au niveau matériel, quelle raquette et quel cordage utilisez-vous ?
SH : T-Fight 320 de chez Tecnifibre avec un cordage X-one en 1.24 tendu à 26x25 kg.
TWS : Le fauteuil utilisé sur le court possède des caractéristiques
techniques bien différentes d’un fauteuil grand public, quels sont les points qui les distinguent le plus ?
SH : Nous avons une roulette anti-bascule à l'arrière de nos fauteuils et nous avons surtout un carrossage sur les roues. Elles sont en général inclinées d'une vingtaine de degrés. Nous jouons aussi avec des roulements de très bonne qualité. J'ai la chance de travailler avec une équipe de chercheurs des Arts & Métiers et du Team Lagardère pour que nos fauteuils des Jeux de Londres soient de véritables F1 !!! Rien à voir avec ce que nous avons aujourd'hui. Ce sera sans doute plus proche des vélos du Tour de France que des fauteuils actuels.
TWS : Sur le circuit ATP et WTA, le dopage est présent. Qu’en est-il dans le tennis handisport ?
SH : Il y a eu des cas de contrôle positif au canabis et à la cocaïne. Il y a aussi eu un cas lié à la prise de médicaments. Je pense que le jeu est honnête et qu'il n'y a pas de dopés au haut niveau. Nous sommes soumis au contrôle quotidien de notre position. Je ne pense pas qu'un joueur soit assez "riche" pour utiliser des produits qui ne seraient pas encore détectables.
TWS : Sur le circuit ITF Wheelchair Tennis, quel est votre tournoi préféré ? Pourquoi ?
SH : Roland Garros, rien de tel que de jouer à la maison !
TWS : Et le tournoi le mieux adapté aux handicapés ? Pourquoi ?
SH : L'US Open à New York et l'Australian à Melbourne car tout est grand là-bas...
TWS : Pour mieux vous connaître, Roger Federer ou Rafael Nadal ?
SH : Au départ Roger mais à force de cotoyer Rafa dans les couloirs, je dois avouer que je l'apprécie de plus en plus. En fait j'aime ces deux joueurs.
TWS : Christiano Ronaldo ou Lionel Messi ?
SH : Je vais vous surprendre mais je ne connais pas bien Messi. J'ai arrêté de suivre le foot le jour où je n'ai plus pu y jouer !
TWS : entrée+plat ou plat+dessert ?
SH : entrée+plat
TWS : Mer ou montagne ?
SH : Je suis né au bord de la mer, j'ai longtemps vécu à la montagne et aujourd'hui j'ai la chance de suivre le soleil alors je dirais juste le beau temps n'importe où dans le monde...
TWS : Quelle est votre ambition pour la saison 2009-2010 ?
SH : Une victoire en grand chelem en simple, gagner l'Australian Open en double pour faire un grand chelem à cheval sur deux années et me rapprocher de la place de n°1 mondial en battant Shingo Kunieda
TWS : Pour finir, que ferez-vous après votre carrière de tennisman ?
SH : Le golf est redevenu olympique alors je sortirai à nouveau mes clubs en regardant ce qu'il se passe du côté des Paralympiques. J'ai aussi de nombreux projets professionnels très intéressants. Je donne des conférences en entreprise. Cela me donne beaucoup d'idées...
Pour en savoir plus sur Stéphane : http://www.stephanehoudet.com
Crédit photos : Michael Bernadsky